L’immersion française

Ci-dessus : 1e année d’immersion française à l’École Connaught t, 1978

Photo : William Dumanski

Écrit par : Taylor Bendig
Traduit par : Breeann Noyes

En septembre 1977, l’École Connaught a offert sa première classe de maternelle d’immersion française avec une inscription de treize étudiants, ce qui a fait d’elle la deuxième école publique à Regina à offrir le programme d’immersion française. (L’école Massey a été la première école à offrir ce programme l’année précédente.)

En offrant l’immersion française si tôt dans l’histoire de ce programme, l’École Connaught s’est trouvée au bord d’un débat animé au sujet des droits d’éducation française en Saskatchewan.

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La guerre des langues

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Entre 1977 et 1981 seulement, les groupes francophones ont accusé le gouvernement provincial de ne pas avoir pris en compte leurs droits en matière d’éducation et de plus, de commettre un « génocide culturel ». Dans une petite ville près de Regina, les contribuables ont expressément voté une loi afin de retirer le français de leur programme scolaire; une variété de groupes francophones ont exigé de pouvoir créer leur propre conseil scolaire; de nouvelles réglementations provinciales garantissant l’enseignement de la langue française ont été implémentées, mais on les accusait d’être vagues et infructueuses; un conseil scolaire de la région de Saskatoon a été poursuivi pour avoir retiré l’enseignement de la langue française dans les écoles secondaires. Certains enseignants de français ont démissionné et des parents ont retiré leurs enfants d’une école à Prince Albert pendant le débat animé au sujet de son programme de français. La relation entre le français et l’anglais et celle entre les parents et les fonctionnaires de l’éducation étaient très peu coopératives.

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Un début tranquille

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Cependant, la lutte provinciale entre le français et l’anglais ne semblait pas se propager dans les couloirs de Connaught et le développement du programme s’est même accéléré.

L’École Connaught a aidé à former l’immersion française à Regina dans ses premiers jours. Par exemple, en novembre 1978, le conseil scolaire a annoncé qu’il interrogerait les parents afin de savoir s’ils voulaient que la 1e année soit entièrement enseignée en français. Mais, les parents ont répondu « non » et la 1e année a gardé une marge de 25 % des cours enseignés en anglais.

Lentement, le nombre d’étudiants intéressés a augmenté : dès1980, bien qu’un manque d’étudiants ait couté  la fermeture d’une classe de maternelle française, l’école a ouvert des classes d’immersion française en 1e et 2e années, élevant le nombre d’inscriptions à 22 étudiants.

La 3e année a été ajoutée l’année suivante, mais le programme s’est arrêté à ce niveau-là à l’époque.  Les étudiants de Connaught qui s’étaient inscrits en 4e année d’immersion française ont été envoyés à l’école Lakeview jusqu’à ce que Connaught rélargisse son programme quelques années plus tard. Le faible nombre d’inscriptions a rendu le maintien et l’expansion du programme d’immersion à Connaught difficile et en 1980, le nombre d’étudiants français à l’école Massey était plus élevé qu’à Connaught par six fois de plus.

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La diversité et le conflit

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Au début des années 80, le faible taux d’inscription a été remplacé par un autre problème. Connaught a évité la guerre des langues dans les années 70, mais elle s’est trouvée divisée entre les lignes socio-économiques.

Quand le programme d’immersion a commencé, le directeur, Bill Dumanski, a remarqué que le programme attirait des étudiants différents, généralement plus riches que les autres à cette école, mais, qu’ils s’intégraient assez facilement.

Cependant, ce phénomène a eu lieu seulement pendant les années 70. Au début des années 80, l’École Connaught est devenue une école communautaire qui s’est centrée sur les besoins des étudiants défavorisés et marginalisés. L’idée de demander à des étudiants venant de milieux privilégiés de partager l’école a fait l’objet de critiques et de disputes. À ce temps, on a questionné l’élargissement du programme.

« Vous devez comprendre que la majorité, pas tous, mais, la majorité des étudiants en immersion française viennent de familles plutôt prospères. Et que la plupart du reste des élèves de l’école communautaire sont des personnes vivant sur ou en dessous du seuil de pauvreté. Alors, vous avez les riches et les pauvres, explique Sue Deranger qui était la coordinatrice de l’école communautaire de Connaught à l’époque. Elle ne pouvait pas se rappeler aucun des élèves pauvres et « démunis », souvent des élèves de Premières Nations, s’inscrivant dans le programme d’immersion. »

Deranger faisait partie de ceux qui ne voulaient pas élargir le programme d’immersion française. « Je savais que les dynamiques et la démographie allaient changer parce que si vous développiez de plus en plus l’immersion française, vous auriez de moins en moins d’étudiants issus des familles à faibles revenus et comme résultat, des enfants qui se sentent  mal en voyant tous ces autres élèves qui possèdent des biens qu’ils ne pourraient eux-mêmes jamais avoir de leur vivant. »

Quand le projet d’élargir le programme d’immersion française s’avançait, « beaucoup d’étudiants ont demandé un transfert à l’école Davin. De nombreuses personnes ont déménagé hors du quartier, dit-elle. Mais, la controverse s’est calmée. Tout le monde a dû apprendre à habiter ».

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Traversant la division

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Heureusement, avec le temps, quelques-uns ont appris à dépasser la division plutôt que de juste l’accepter. Quand l’étudiant universitaire Francis Marchildon, un francophone de la petite ville Zenon Park, est arrivé au milieu des 80 pour compléter son  préstage d’éducation, il était impressionné de voir des étudiants des Premières Nations et Métis dans le programme d’immersion française.

« Il y avait peu d’enfants des Premières Nations à l’immersion française, alors pour moi, comme francophone, c’était vraiment super parce que c’était comme une renaissance de la culture métisse, dans le sens que les Francophones et les Premières Nations rassemblent, dit-lui. »

Damon Badger Heit, un étudiant qui est revenu plus tard pour créer « Le cercle d’amitié » à Connaught, est un des élèves du programme d’immersion française d’héritage des Premières Nations dont Marchildon se souvient. Badger Heit a terminé ses études à Connaught en 1992 comme élève d’immersion française dès le début. Mais, il n’avait pas peur de ceux qui n’étaient pas dans son programme.

« J’ai un bon nombre d’amis de l’école Connaught et beaucoup de ces amis que j’ai toujours, étaient des élèves anglais, dit- il. »

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Utilisant tous les ressources

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En dehors  de la division économique, l’expansion du programme n’était pas facile. En fait, il était difficile de trouver des ressources pédagogiques, surtout quand celles venant du Québec étaient souvent trop avancées pour les étudiants d’immersion.

« On a dû recourir à peu près tout ce qu’on pourrait trouver » dit le directeur Dumanski à Leader-Post en 1980. Le programme d’immersion française à Regina a été vivement critiqué en novembre 1980 :  d’abord, quand le conseil scolaire a eu une rencontre privée avec un petit groupe de parents critiquant le programme et  puis, plus tard au cours du même mois, quand le Leader-Post a publié un article qui soulignait une variété des fautes dans des feuilles de travail faites par des enseignants d’immersion française.

La tension a  abouti le mois suivant sur une rencontre plus grande, plus publique et plus houleuse entre les parents et le conseil scolaire. La rencontre s’est cependant bien terminée avec un vote presque à l’unanimité confiance en  programme d’immersion française.

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Toujours aller de l’avant

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Ce soutien a été renforcé par un rapport publié plus tôt dans l’année qui analysait les examens des étudiants de l’École Massey et de l’École Connaught. Ce rapport affirmait que les habiletés des élèves en français sont à peu près égales à celles des autres étudiants d’immersion française à travers le Canada et que leurs atouts en anglais et en mathématiques étaient plus élevés comparés aux autres étudiants de la région.

En mettant ces débuts tumultueux derrière lui, le programme d’immersion française à l’École Connaught a continué d’augmenter le nombre de niveaux qu’il offre et dès le milieu des années 80, il a offert un programme allant de la maternelle jusqu’à la 7e année.

À l’automne de 2002, le programme d’immersion française à Campbell Collegiate pour la 8e année, où les étudiants de l’École Connaught étaient envoyés après avoir terminé leurs études de 7e année, a été fermé. Connaught a alors repris l’enseignement de ce niveau et, depuis, l’école offre un programme d’immersion française complet de la maternelle jusqu’à la 8e année.

Le projet d’histoire de l’École Connaught est financé et soutenu par le Community Research Unit de la Faculté des Arts à l’Université de Regina.
The Connaught History Project is funded and supported by the Community Research Unit, Faculty of Arts, University of Regina.
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